Dans le cadre des soirées "rdv/rdc" initiées sur place par l'artiste
Frédéric Vaësen, Edouard Monnet est invité à l'
Ecole Supérieure d'Art de Cambrai pour y présenter les activités de Vidéochroniques ainsi qu'une sélection d'œuvres filmées regroupées sous l'intitulé
Midnight Movies : Art & culture trash.
Midnight Movies : Art & culture trash
Mardi 12 février 2008 à 18h
Ecole Supérieure d'Art , 7 rue du Paon, 59400 Cambrai
En s'appuyant sur des extraits de films et de vidéos exemplaires, cette intervention a pour objet de montrer que des travaux qualifiés de provocants, iconoclastes, choquants ou agressifs servent bien souvent des motivations extrêmement constructives. Au delà du reflet significatif mais peu flatteur d'elle-même qu'elles adressent à la société, elles constituent essentiellement des gestes d'émancipation et de libération qui s'opposent au courant dominant et qui relaient, sur le terrain esthétique, bon nombre de débats philosophiques et de combats politiques : féminisme, lutte contre l'exclusion, contre les discriminations raciales, émancipation homosexuelle etc.
Le terme "midnight movies" désigne des films diffusés lors de séances tardives par certains cinémas, en raison de leurs contenus polémiques et/ou de leur potentiel limité en matière d'audience.
Réservée aux étudiants de l'école, cette présentation réalisée essentiellement à partir d'éléments accessibles via Internet ou issus du fonds documentaire de l'association fait appel aux œuvres de Luis Buñuel & Salvador Dali,
Steven Cohen,
Eric Duyckaerts,
Richard Kern, Christian Marclay, Paul McCarthy,
Carole Monterrain,
Paul Morrissey,
Yoko Ono, Ulrike Rosenbach et Samuel Rousseau.
Contenu du programme :
Luis Buñuel & Salvador Dali : Un chien andalou
1929, France, 16'
Ce petit chef-d'œuvre d'un quart d'heure, est à ce jour un des manifestes les plus virulents jamais réalisés en faveur de la liberté artistique. Il conserve intacte une bonne part de charge subversive originelle. On a beau avoir déjà vu et revu le film, le globe oculaire fendu par le cinéaste lui-même, avec une lame de rasoir, reste une des images cinématographiques les plus difficiles à soutenir. Venu le défendre lors d'une projection publique en 1934, Buñuel avait rétorqué à ses détracteurs que son film n'était rien de moins qu'une invitation au crime et au viol.
Paul Morrissey : Like Sleep
1964, États-Unis, 11'34
Une jeune femme noire pique à l’héroïne son partenaire dans une petite pièce. Puis les rôles s’inversent. Tous deux sont filmés en gros plans avec quelques brefs mouvements de recadrages latéraux. Tonalité trop objective pour qu’il s’agisse d’un film médical détaillant les effets d’une injection d’héroïne (?). C’en est un détournement dont la force provient de la nature nue et purement cinématographique : on montre ce qu’on ne voit pas d’habitude, ce qui est risqué voire mortel. Les deux acteurs sont bien entendu dans une situation dangereuse et illégale. La police, si elle saisit le film, peut les reconnaître, les inculper, etc… tout cela est non-dit mais prégnant.
Yoko Ono : Four
1967, États-Unis, 15'
Il existe deux versions de ce film. Celle qui est présentée dans ce programme est sans doute la première, celle tournée à New-York, puisque l’inventaire des interprètes contient la gent artistique de la ville. Apparaissent les fesses de Philip Corner, Anthony Cox, Yoko Ono, Kyoko Ono (sa fille), Jeff Perkins… Connu aussi sous le nom de
Bottoms,
Four est selon son auteur, un film engagé pour la paix. Il se déroule en un interminable inventaire de derrières filmées en gros plan. Le projet initial était de filmer 365 paires de fesses dans l’esprit d’un calendrier. Bien qu’il puisse apparaître au premier abord comme une imposture ou une provocation nourrie par l’utopie des années 60,
Four se révèle être l’aboutissement d’une approche conceptuelle...
Ulrike Rosenbach : Sorry Mister
1974, Allemagne, 10'
Dans
Sorry Mister, on ne voit que des cuisses filmées de trois-quarts. Au son du morceau
I'm Sorry de Brenda Lee, Ulrike Rosenbach (artiste connue pour son engagement féministe) bat inlassablement le rythme avec la paume de la main sur sa cuisse droite, jusqu'à ce que l'on aperçoive un hématome. La violence que l'artiste s'inflige colle parfaitement à l'idée de culpabilité féminine exprimée dans la chanson.
Richard Kern : My Nightmare
1993, États-Unis, 5'50
Ce film décrit les fantasmes d'un photographe – joué par Richard Kern lui-même – qui s'imagine avoir des rapports sexuels avec son modèle. Le sentiment initial qui pourrait nous conduire à qualifier ce travail de « simplement pornographique » est contredit par l'atmosphère délirante et sadique qui s'instaure progressivement, de même que par son aspect formel, à la fois expérimental et très stylisé.
Ce film peut être consulté sur le site
UbuWeb, et plus exactement
ici.
Samuel Rousseau : Super jet
1996, France, 1'24
Tragique plongeon d’un magnétophone depuis un toit. Un cri éphémère subsiste le temps de la chute, celui que l’artiste a enregistré quelques secondes auparavant.
Steven Cohen : Crawling, Flying, Voting
1997, Afrique du Sud, 37'45
Cohen pousse son corps jusqu’à ses limites. Comme il le dit lui-même au sujet de ses œuvres, il s’agit de constriction, d’incapacité, d’échec (partiel). Depuis ses premières œuvres dérivées du drag, il porte des talons de plus en plus hauts, qui rendent la marche de plus en plus difficile. En 1999, avec Crawling… Flying les talons ont atteints la taille des cornes de l’oryx, d’un mètre de long, empêchant totalement la marche. Cohen est contraint désormais de ramper et va ainsi se donner en spectacle dans les lieux publics, comme devant les bureaux de vote […] commentaire facétieux de ces queues interminables et de la longue et lente marche de l’Afrique du Sud qui rampe au ralenti vers la démocratie.
Eric Duyckaerts : Kant
2000, Belgique, 5'30
Dans cette vidéo, l’artiste se met dans la peau d’un rappeur qui règle ses comptes par chanson interposée à la manière du "clash", duel verbal qui oppose deux rappeurs, sauf qu’il s’adresse au philosophe Emmanuel Kant. Dans le "clash" il n'y pas d'interdit, et les paroles prennent souvent la forme d’insultes d’une grande vulgarité. Eric Duyckaerts recontextualise ainsi le débat philosophique.
Cette vidéo peut être consultée sous la forme d'extraits sur le site de l'association
Documents d'artistes (
Partie 1 /
Partie 2).
Christian Marclay : Guitar Drag
2000, États-Unis, 14'
La guitare électrique est le principal protagoniste de
Guitar Drag. Attachée par une corde à un pick-up, elle emmet un bruit assourdissant diffusé par un puissant ampli, alors que l'engin roule dans le désert texan. L’instrument hurle, oppresse. La puissance d'évocation de cette œuvre est étonnante : on pense au rituel des guitares fracassées dans les concerts rock, à la destruction d'instruments chère au mouvement Fluxus, à un road movie ou un western, aux cowboys et au rodéo... Mais sa référence essentielle est ailleurs : nourrie de la rudesse du blues, elle s'inspire du lynchage d’un afro-américain (James Byrd Jr.) traîné à mort par un camion dans un Texas en proie au racisme.
Cette vidéo peut être consultée via le lecteur ci-dessous (source : Google Video).
Carole Monterrain : À vos marques (Nike)
2002, France, 2'30
La série que constitue les trois vidéos-performances
En fonctionnement (2001),
Les tableau(x) (2001) et
À vos marques (2002) correspond, pour l'artiste, à la remise en cause de sa place, de son rôle et de son statut, de même qu'elle alimente une critique acerbe des dérives de notre société : mécanisation et marchandisation à outrance, exploitation de la nudité féminine, toute puissance des marques et des logos...
Paul McCarthy : WGG Test
2003, États-Unis, 5'20
Comme son titre l’indique, il s’agit d’une vidéo-test, à l’attention du spectateur. McCarthy le positionne face à une dichotomie de réaction : la répulsion ou la fascination. Adoptant le style du film amateur, il mêle les codes du film gore pour teenagers à ceux d’un cinéma plus underground (tel que le porno ou le snuff movie) pour interroger l’exposition de la violence dont ces films sont les supports.
Le film de Yoko Ono est distribué par
Light Cone (Paris) au sein d'une anthologie des films Fluxus. La vidéo d'Ulrike Rosenbach est distribuée par
Montevideo (Amsterdam). La vidéo de Steven Cohen est distribuée par
Heure Exquise! (Lille). La vidéo de Paul McCarthy est distribuée par
Electronic Arts Intermix (New York).
Les œuvres de Steven Cohen, Eric Duyckaerts, Paul McCarthy, Carole Monterrain, Paul Morrissey, Yoko Ono et Samuel Rousseau qui constituent cette programmation sont disponibles au sein du centre de documentation de Vidéochroniques. Elles peuvent être visionnées dans nos locaux, sur rendez-vous.
Le lecteur ci-dessous (source : YouTube) donne un aperçu de certains films présentés au cours de cette intervention (Luis Buñuel & Salvador Dali, Paul McCarthy, Yoko Ono).
Par
Vidéochroniques, le mardi 5 février 2008